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2010

21/11/10 « Cette course m’a poussé dans mes retranchements ! »

Tanguy de Lamotte a franchi la ligne d’arrivée de la Route du Rhum – La Banque Postale 2010 ce samedi 20 novembre à 20 heures et 46 minutes (heure française), en 15e position de la catégorie Class 40. Novedia – Initiatives a couvert les 3539 milles du parcours théorique en 20 jours, 07 heures et 44 minutes, soit une vitesse moyenne de 7,26 nœuds. Voilà pour les chiffres. Mais ce qu’il faudra surtout retenir de cette traversée de l’Atlantique en solitaire, c’est l’incroyable ténacité de Tanguy face aux obstacles qui ont jalonné son parcours. Réactions et émotions quelques minutes après son arrivée à Pointe-à-Pitre…

Qu’as-tu ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?
« La fin d’un beau voyage, mais surtout le plaisir de quelque chose d’accompli de la meilleure manière possible compte tenu des difficultés rencontrées. Le passage de la ligne d’arrivée était particulièrement émouvant car mon frère m’a rejoint et ma mère m’a fait la surprise de venir m’accueillir en Guadeloupe. Il y avait une dizaine de vedettes à suivre le bateau pendant la dernière demi-heure, le tout sous une très belle lumière et des conditions extraordinaires. C’était un moment très fort et il est difficile de ne pas se laisser submerger par ses émotions, d’autant que cette dernière journée a été très fatigante. Ce sont des souvenirs qui resteront à jamais gravés dans ma mémoire. »


Comment se sont passées les dernières heures ?
« J’ai passé une grande partie de la nuit à la barre et ce matin, en mettant le pilote pour aller voir les positions, le spi est parti en cocotier ! En l’affalant j’ai fait une petite erreur et il a commencé à chaluter, donc il a fallu se battre pour le ramener à bord sans le déchirer. Heureusement il y avait 20 nœuds, donc j’ai pu passer sous spi médium, mais j’ai quand même du ranger et préparer le grand spi au cas où j’en aurais besoin pour l’arrivée. Sous le vent de l’île, comme prévu, le vent est complètement tombé. Nous sommes passés de 25 nœuds au portant à 2 nœuds au près, et le vent faisait des 360, donc il a eu beaucoup de manœuvres et de changements de voile, et c’était nerveusement très fatigant car il fallait surveiller Eric, le concurrent juste derrière moi. »

Qu’est ce que tu retiendras de cette course ?
« Qu’il faut toujours se battre pour arriver et être satisfait de sa course. J’ai eu des moments difficiles pendant ma traversée et vu le niveau qu’il y avait cette année, je crois que je n’ai pas à rougir de ma 15e place. Cette course m’a poussé dans mes retranchements. Il a fallu trouver ce mental de gagnant et de combattant. Cela m’a permis de faire des choses que je n’aurais jamais imaginées. Et après tous ces obstacles, l’arrivée est vraiment une belle récompense ».


Qu’est ce qui a été le plus difficile ?
« Lorsque j’ai vu la grand-voile déchirée, parce que je pensais vraiment que je m’arrêterais aux Açores et je ne savais pas mon pourcentage de chances de repartir. Cette nuit-là, quand j’ai dormi la grand-voile affalée sous solent seul, j’ai vraiment eu un gros coup de blues en me réveillant car je ne pensais pas que j’irai à Pointe à Pitre… Mais il y a surtout eu trois grands moments : le départ, qui était un événement exceptionnel. Le jour où j’ai renvoyé la grand-voile – c’était incroyable parce que j’étais de nouveau sur le parcours et parti pour l’aventure – Et les dernières 24 heures qui ont été la plus belle journée de la course et même sans doute une de mes plus belles journées en solitaire, car il y a eu de la manœuvre, de la tactique et de l’émotion. »


Que vas-tu faire dans les heures et les jours à venir ?
« Je vais évidemment me reposer, profiter un peu du pays, profiter de voir les autres qui arrivent et refaire la course avec ceux qui sont déjà là. C’est génial d’être dans la marina avec tous les bateaux et de participer à la fête. Ensuite je commencerai à penser à l’avenir et à mettre certaines choses en place ».


Tu penses déjà à la prochaine course ? À la prochaine Route du Rhum ?
« Vue la journée que j’ai passé sur l’eau, ça donne forcément envie de revenir ! C’était une course magnifique. Mais ce n’est pas mon objectif principal. J’ai deux ou trois autres projets avant cela et je vais commencer à y penser dans les semaines à venir, avec la vente du bateau, la mise en place d’un autre projet et l’envie de refaire de l’architecture. Je n’ai que des bons choix à faire ».